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(mis à jour vendredi 6 avril 2007 à 15:03)

08/02/2007

08/02/07 - 20:20

Satire

«Lors d'une conférence de presse mardi 6 février, les responsables de Charlie Hebdo ont dénoncé un "procès médiéval". Philippe Val a expliqué que les dessins mis en cause n'avaient pas pour objectif "d'attaquer les musulmans" mais "d'attaquer les terroristes". "Si on n'a plus le droit de faire la satire de l'idéologie terroriste, qu'est-ce qu'il restera au simple citoyen pour se défendre s'il n'a même plus le rire pour vaincre ses peurs ?"»

Allons-nous revenir 150 ans en arrière? Au début du XXème siècle, les caricatures anticléricales abondaient et, si elles ne plaisaient pas forcément à tous, il aurait semblé grotesque qu'elles menassent à un procès. Nous allons peut-être bientôt retrouver les procès pour blasphème, voire sorcellerie, du XIXème siècle.

Les accusés eux-mêmes adoptent un profil bas: ils tentent de se disculper en revendiquant le droit de "faire la satire de l'idéologie terroriste", renonçant à celui, d'abord, de faire celle de croyances absurdes, aberrantes et abrutissantes, avec les troubles psychopathologiques et sociopathiques qui s'ensuivent. Et quand bien même la croyance serait raisonnable, la liberté d'expression devrait permettre la critique des idées et des comportements. Même si le groupe des personnes concernées coïncide avec un groupe ethnique.

Un point important est que l'appartenance ethnique elle-même n'est pas représentée: ce n'est pas l'analogue d'une caricature antisémite où le Juif est représenté en tant que tel (gros nez...). Un autre point est que l'insulte ("C'est dur d'être aimé par des cons") ne vise personne en particulier (chacun est libre de ne pas s'y reconnaître), ni même ici l'ensemble des musulmans et que le contexte satirique relativise fortement l'affirmation, si affirmation il y a. Si l'on avait publié un dessin du roi belge avec pour légende "c'est dur d'être le roi des cons", qui y aurait accordé de l'importance, voire l'aurait pris au sérieux?

Ce qui est étonnant, ce n'est pas que les islamistes tentent d'intimider par des procès, des menaces (Rushdie), des boycotts, des destructions, des meurtres (>50 morts suite aux caricatures). Après tout, les catholiques ont fait de même lors du film de Scorcese en 1986 (1 mort, en France) et ils le feraient autant que jadis s'ils ne craignaient pas de faire fuir encore plus de fidèles. Ces religions ont toujours soutenu des régimes autoritaires (dictatures sud-américaines ou arabes): la liberté individuelle, et plus encore celle d'expression, est leur pire ennemi.

Ce qui est étonnant, c'est la mollesse des réactions dans une Europe qu'on aurait pu croire, sinon sanctuarisée contre ces mouvances moyen-âgeuses, du moins attachée au respect des libertés fondamentales. Le Danemark est resté isolé dans son refus de l'intimidation. Pire, lorsque ses ambassades ont été attaquées, avec la complicité de certains états, l'Europe n'a émis qu'une condamnation de principe. Cette lâcheté ne se limite pas aux états. La presse, majoritairement, a été lamentable, comme d'habitude. Libération tente maintenant de se racheter en s'associant tardivement à Charlie Hebdo. On rêverait, que tous les journaux reproduisissent les dessins en pleine page, fût-ce avec une légende du genre "on trouve vos dessins nuls, on n'est pas d'accord avec vous, mais on se battra avec vous pour que vous puissiez les publier". D'ailleurs, ces dessins ne sont pas nuls: quelques-uns sont bons (les vierges...), d'autres ne sont pas plus médiocres que ceux, bien souvent, d'un Plantu ou d'un Faizant.

Cette cause, celle de la liberté d'expression, devrait faire l'unanimité. On rêverait d'une Assemblée adoptant unanimement une motion de soutien, ou de rappel à l'ordre sur les libertés censément garanties par la Constitution. On rêverait que Charlie Hebdo fût soutenu par l'ensemble des personnages politiques, pas seulement Hollande et Bayrou (vive eux). Par contre, lors de publication en février 2006 des dessins, le président Chirac, toujours égal à lui-même en matière de lâcheté démagogiste, avait dénoncé une "provocation manifeste".

On rêverait enfin que cette cause, alors payante électoralement, mobilise une majorité de la population au-delà des clivages traditionnels. Mais le résultat du sondage tombe, ahurissant: 80% des Français estiment qu'il ne faut pas critiquer une religion. Après l'escamotage du centenaire de la laïcité en 2005, et le manque d'engouement de la population, on aurait dû se méfier.

Satire (suite)



Le substitut du procureur Anne de Fontette a estimé que "L'intégrisme ne désigne pas tous les musulmans [...] Ce qui est en évidence dans ces caricatures, ce n'est pas l'obscurantisme supposé de la religion musulmane, son prosélytisme ou encore ses défauts, c'est la dénonciation de l'utilisation qu'en font les terroristes qui prétendent agir en son nom. [...] pour nombre de nos concitoyens le reflet vivant de la liberté de la presse dans une société démocratique qui ne peut être théocratique".

C'est rassurant sauf que la question subsiste: a-t-on le droit de ridiculiser un ensemble de personnes sur leurs croyances et leurs actes? C'est débile de croire aux 60 vierges du paradis musulman. C'est idiot de croire à la transsubstantiation du pain de la messe en corps divin. Si tous les catholiques ou si tous les musulmans croient à des sornettes (par définition), il appert qu'on ne respecte pas ces gens sur leur croyance. Il faudrait dire enfin la différence entre ne pas respecter des gens sur leur croyance, et ne pas les respecter en tant qu'êtres humains. Mais justement, ces religions ne veulent surtout pas respecter l'être humain et sa liberté de pensée: ce qui les intéresse, c'est précisément l'être humain qui croit, celui justement qu'on veut tourner en dérision. D'où leur réaction de marchand indigné que son escroquerie soit dénoncée.

commentaires

08/02/07 - 20:52

La question du sondage était mal posée.

Le résultat aurait peut-être été différent si ce fut : peut-on critiquer ou caricaturer l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques ?

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