16/05/2007

16/05/07 - 13:24

Le Bavarois à la belladonne

Le pape Benoît XVI a au moins un mérite par rapport à son prédécesseur: la camelote idéologique n'est plus fourguée avec un marketing forcené et force decorum démagogique. Il en résulte un discours moins trompeur qui ne convaincra que les plus incurablement crédules les plus invétérés.

Lors de son voyage en amérique du Sud, le chef de la religion qui fut celle de Hitler et Mussolini, et encore des oustachis et des Hutus, n'a pas hésité à renier la "repentance" que son prédécesseur avait concédée pour les crimes commis par l'Église au nom de l'évangélisation des populations indiennes, qu'on estime à 30 millions de morts parmi les Amérindiens. Mieux, il a nié que "l'annonce de Jésus et de son Évangile ait comporté une aliénation des cultures précolombiennes ou cherché à imposer une culture étrangère". Pour lui, "sans le savoir, les Indiens cherchaient le Christ dans leurs riches traditions religieuses. Le Christ était le sauveur auquel ils aspiraient silencieusement. Avec l'eau du baptême (...), l'Esprit saint est venu féconder leurs cultures, les purifiant et développant les nombreuses semences que le Verbe incarné avait mises en eux" (Le Monde). Bref, un peu comme les nazis ont purifié les Juifs...

Le pape révisionniste ne s'arrête pas en si bon chemin et fustige les "gouvernements autoritaires" d'Amérique latine. Non il ne s'agit pas des nombreuses dictatures pro-américaines qui sévissaient partout dans la région ya 20 ans, elles, jamais condamnées par le pape, pas plus que ne l'avaient été les régimes fascistes hitlérien et mussolinien, mais bien sûr des régimes marxisants qui s'inspirent de "certaines idéologies que l'on croyait dépassées". À propos des «idéologies dépassées», c vraiment la paille et la poutre: même dans ses visions les plus irréalistes, le marxisme n'a jamais imaginé que la Terre avait été créée (par la raison dialectique?) ya 6000 ans, ni préconisé de lapider toutes sortes de personnes de la femme infidèle à l'homosexuel, ni de réduire en esclavage celui de la tribu d'en face ou les Africains à peau noire. Même les notions les plus discutables du marxisme, tel le prix intrinsèque d'un objet, semblent solidement sensées face au verbiage de la liturgie catholique.

Bien sûr, la religion chrétienne "est la foi en un Dieu amour", et "l'Église doit se sentir disciple et missionnaire de cet amour" mais cet amour ne doit surtout pas dévier vers l'application pratique car la foi en Dieu "n'est pas une idéologie politique, ni un mouvement social, ni un système économique" (Le Monde). Ainsi, ya 2 mois, le jésuite espagnol Jon Sobrino, ex-conseiller de Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador assassiné en 1980, a fait l'objet d'une « notification » de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi pour deux ouvrages jugés non conformes à la doctrine de l'Église : Jesucristo liberador, traduit en plusieurs langues (1991), et La fe en Jesucristo (1999). L'auteur refusant de se rétracter, le dossier a été transféré au nouvel archevêque de San Salvador, Mgr Saenz Lacalle, membre de l'Opus Dei, qui vient d'interdire au récalcitrant tout droit de publier et d'enseigner. Il est vrai que l'Index des livres interdits, tué par le ridicule en 1967, avait promptement sanctionné l'Encyclopédie de Diderot mais jamais le bien catholique Mein Kampf. Si cette Église avait à nouveau le pouvoir (elle l'eut pendant 15 siècles, avec pour apothéose l'Inquisition), il vaudrait encore mieux vivre sous la férule du parti communiste chinois.

Vient ensuite, bien sûr, le couplet contre les libertés de l'individu et notamment contre la libre disposition de son corps. C'est toujours étonnant de voir comment la secte catholique ne se contente pas d'affecter de mépriser tout ce qui est matériel mais cherche à faire en sorte que ce bas-monde soit le plus douloureux possible et condamne tout ce qui ne conduit pas à «enfanter dans la douleur». Ainsi, le mariage "requiert un esprit de sacrifice et de renoncement au profit d'un bien plus grand qui est l'amour de Dieu", toujours sous la menace de "dangers insidieux qui poussent à une vie dissolue"...

Dernier point, plutôt rigolo, l'ancien dirigeant de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi dénigre la concurrence, le "prosélytisme agressif des [autres] sectes". Car "l'Église [catholique] ne fait pas de prosélytisme ... elle se développe plutôt par attraction, comme le Christ attirait à lui avec la force de son amour" (Latin Reporters.com). Cependant, en dépit de la toute- puissance du tout grand, l'Église catholique du Brésil a perdu un quart de ses fidèles en un quart de siècle (Le Monde), ce qui en dit long sur l'effet répulsif de la hiérarchie catholique que cet amour infini ne parvient pas à compenser. Il semble aussi que le développement économique a fini par faire prendre conscience à certains qu'on ne pouvait vraiment pas prendre au sérieux ces gens, qui colportent de telles idioties. Même si les croyances locales sont souvent naïves, elle n'ont au moins pas la prétention de s'ériger en système au-dessus du bon sens et de la rationalité. C'est une chose de croire à des âneries, c'en est une autre de les systématiser et de les imposer comme vérité objective.

Justement, le Saint Père estime que le vrai risque n'est pas la forte concurrence des Églises alternatives, par exemple celles qui suivent Jésus-Christ donc «n'ont qu'un Père qui est aux Cieux», mais «le relativisme et la sécularisation» : «Un homme ou une femme non préparés aux défis réels posés par une interprétation correcte de la vie chrétienne sont des proies faciles pour les assauts du matérialisme et du laïcisme, toujours plus actifs à tous les niveaux» (Le Monde). Cela fait penser à ce prêtre camerounais qui voulut naguère (été 2006) marcher sur l'eau comme Jésus et se noya, assailli par les flots réels (mais chrétiennement incorrects) et cédant à la contingence ignoblement matérielle du manque d'air sous l'eau. «Credo quia absurdum est»...

commentaires

16/05/07 - 15:42

Point que certains jugent négligé par la plupart des historiens : les doctrines mystiques dans lesquelles Hitler et d’autres responsables du nazisme auraient puisé leur inspiration pour l’élaboration de la politique national-socialiste, et les rapports que le Führer aurait entretenus avec l’univers des sciences occultes (source : Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le Matin des Magiciens, introduction au réalisme fantastique, Folio, 1960).

15/08/07 - 08:31

Écœurant !
-_-

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