Athée / athéisme : comment / pourquoi
Ce qui suit est un point de vue personnel qui n'engage aucunement le groupe Athée.
Comment être athée?
D'une certaine manière, cette question est déjà de trop: doit-on se déclarer "afantomatique" pask'on ne croit pas aux fantômes ou "azeussien" pask'on ne croit pas aux dieux de l'Olympe? D'ailleurs, les mots n'existent même pas. Le mot
athée lui-même a longtemps été une insulte jetée par des croyants à qui la non-croyance était tout simplement impensable. Être athée, c un peu comme être pédé, de ce point de vue.
Il n'y a strictement aucune raison épistémologique de croire en «Dieu», et moins encore en celui des religions monothéistes. Évidemment, on peut croire en une cause première de l'univers ou en un principe téléologique et l'appeler «Dieu» mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici: le point important est l'existence d'une entité qui soit anthropomorphe et avec qui l'on puisse communiquer, généralement par la prière. Si l'univers recèle assurément nombre de mystères, postuler une telle entité n'aiderait absolument en rien à leur résolution. Quant aux livres sacrés et aux pratiques rituelles, ils sont tellement grotesques que les croyants qui les assument tous sont de fait assez rares. Pour le plus grand bonheur de la cause rationaliste, le pape Benoît XVI ne manquera pas d'empêcher toute dérive du dogme vers un peu de bon sens, pardon, de la Vérité dont l'Église catholique est seule dépositaire: le catéchisme doit bel et bien être pris à la lettre et non de manière métaphorique. D'ailleurs, de quoi les massacres, meurtres et autres lapidations qui abondent dans l'Ancien Testament seraient-il la métaphore?
On le sait, on ne peut pas convaincre qqn par le raisonnement de l'existence de «Dieu» et des légendes attenantes. Et le chemin inverse est tout aussi difficile. C'est chez les croyants un domaine réservé, inaccessible à la raison, comme chez d'autres les troubles obsessionnels-compulsifs ou la phobie des araignées. Ou, plutôt, plus positivement, l'amour d'une petite soeur qui n'a jamais vraiment existé. Je respecte voire j'envie cette composante affective de la religion, qui n'a plus rien à voir avec les scandales mafieux du Vatican et l'aristocratisme qui a soutenu les pires dictatures.
Les problèmes commencent lorsque le croyant généralise sa subjectivité à l'autre et prétend l'ériger en fait objectif: on passe alors de l'illusion plaisante à l'hallucination et au délire. Ainsi, les tenants de la religion la plus meurtrière qui fût, inspiratrice, si ce n'est complice, d'au moins 3 génocides (Amérindiens, Juifs, Tutsis), qui a soutenu les pires dictatures, qui a même condamné ceux de ses officiants qui tentaient de s'y opposer, qui a ensuite couvert des criminels, se présente de façon stupéfiante comme «pro-vie» en contraignant des personnes à faire naître et à naître dans des conditions parfois atroces et allant jusqu'à assassiner des médecins. Dans leur refus du plaisir, ces religions représentent pour moi le mal, si tant est qu'on puisse donner un sens à ce mot.
Pourquoi manifester son athéisme?
Encore maintenant, 50% des Français et 80% des Américains se disent croyants. Cependant, la proportion de vrais croyants est beaucoup plus faible: 5% en France seulement sont pratiquants et un pourcentage encore moindre croient à la totalité du Livre, par exemple que la Terre est plate et âgée de 5780 ans, ou que l'univers a été créé en 7 jours (la lumière le premier jour, les étoiles le deuxième, le soleil le cinquième, etc). Cependant, encore beaucoup de gens sont inhibés et n'osent pas utiliser leur bon sens car la religion est aussi ce qui rattache à la communauté. Manifester son athéisme, c'est montrer qu'on peut penser simplement, naturellement, librement, rationnellement. Et qu'on peut aimer simplement, naturellement, librement, réellement.
La religion contribue puissamment à l'obscurantisme et promeut ainsi une vision profondément antidémocratique. Ses lobbys puissants imposent une perception arriérée du monde, confinant au négationnisme, par exemple à propos de l'Évolution. Cette vision est présentée au peuple comme normale et permet à une élite de prospérer tout en méprisant parfois cette croyance alors bonne seulement pour le peuple. Nos religions pratiquent l'intimidation, jusqu'au terrorisme pur et dur. Des jusquauboutinistes qui agressent les docteurs aux djihadistes qui vitriolent les jeunes filles, des imams qui font pendre les homosexuels aux évêques qui poussent à l'ostracisme, il s'agit à chaque fois d'imposer par la violence une vision archaïque, masochiste et absurde de ce que doit être le monde. Manifester son athéisme, c'est compenser un peu cela et montrer que ce qui est normal, c'est de faire usage de ses sens et de son bon sens.
Enfin, ces religions incriminent, et même criminalisent, l'homosexualité, et plus généralement la pratique sexuelle non reproductive. On lance çà et là des arguments culpabilisants, par exemple «si tout le monde faisait ça!», tous plus absurdes les uns que les autres. On nous jette même des jugements de valeur, de «supériorité morale», qui relèvent carrément de l'idiotie et qui pourraient à la rigueur faire rire s'ils ne rappelaient pas l'«infériorité raciale» qui avait justifié l'esclavage des noirs et son ignoble Commerce Triangulaire. C'est tout de même hallucinant de voir ces névrosés crispés, abrutis et tristes à pleurer prétendre décider de ce qui est «contre nature», qui plus est pour les autres. Il faudrait encore dénoncer l'absurdité totale du dogme de la croissance et de la natalité, dans une course accélérée vers le désastre. Manifester son athéisme, c'est refuser ouvertement cette vision du monde mortifère, de souffrance inutile et de culpabilisation obsessionnelle, et affirmer que l'individu a le droit de pas être malheureux à cause des actes de croyance des autres.
11/07/07 - 20:10
superbe texte ! j'adhère
lordmelbourne