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(mis à jour vendredi 6 avril 2007 à 15:03)

11/07/2007

11/07/07 - 19:11

Athée / athéisme : comment / pourquoi


Athées



Ce qui suit est un point de vue personnel qui n'engage aucunement le groupe Athée.

Comment être athée?


D'une certaine manière, cette question est déjà de trop: doit-on se déclarer "afantomatique" pask'on ne croit pas aux fantômes ou "azeussien" pask'on ne croit pas aux dieux de l'Olympe? D'ailleurs, les mots n'existent même pas. Le mot athée lui-même a longtemps été une insulte jetée par des croyants à qui la non-croyance était tout simplement impensable. Être athée, c un peu comme être pédé, de ce point de vue.

Il n'y a strictement aucune raison épistémologique de croire en «Dieu», et moins encore en celui des religions monothéistes. Évidemment, on peut croire en une cause première de l'univers ou en un principe téléologique et l'appeler «Dieu» mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici: le point important est l'existence d'une entité qui soit anthropomorphe et avec qui l'on puisse communiquer, généralement par la prière. Si l'univers recèle assurément nombre de mystères, postuler une telle entité n'aiderait absolument en rien à leur résolution. Quant aux livres sacrés et aux pratiques rituelles, ils sont tellement grotesques que les croyants qui les assument tous sont de fait assez rares. Pour le plus grand bonheur de la cause rationaliste, le pape Benoît XVI ne manquera pas d'empêcher toute dérive du dogme vers un peu de bon sens, pardon, de la Vérité dont l'Église catholique est seule dépositaire: le catéchisme doit bel et bien être pris à la lettre et non de manière métaphorique. D'ailleurs, de quoi les massacres, meurtres et autres lapidations qui abondent dans l'Ancien Testament seraient-il la métaphore?

On le sait, on ne peut pas convaincre qqn par le raisonnement de l'existence de «Dieu» et des légendes attenantes. Et le chemin inverse est tout aussi difficile. C'est chez les croyants un domaine réservé, inaccessible à la raison, comme chez d'autres les troubles obsessionnels-compulsifs ou la phobie des araignées. Ou, plutôt, plus positivement, l'amour d'une petite soeur qui n'a jamais vraiment existé. Je respecte voire j'envie cette composante affective de la religion, qui n'a plus rien à voir avec les scandales mafieux du Vatican et l'aristocratisme qui a soutenu les pires dictatures.

Les problèmes commencent lorsque le croyant généralise sa subjectivité à l'autre et prétend l'ériger en fait objectif: on passe alors de l'illusion plaisante à l'hallucination et au délire. Ainsi, les tenants de la religion la plus meurtrière qui fût, inspiratrice, si ce n'est complice, d'au moins 3 génocides (Amérindiens, Juifs, Tutsis), qui a soutenu les pires dictatures, qui a même condamné ceux de ses officiants qui tentaient de s'y opposer, qui a ensuite couvert des criminels, se présente de façon stupéfiante comme «pro-vie» en contraignant des personnes à faire naître et à naître dans des conditions parfois atroces et allant jusqu'à assassiner des médecins. Dans leur refus du plaisir, ces religions représentent pour moi le mal, si tant est qu'on puisse donner un sens à ce mot.

Pourquoi manifester son athéisme?


Encore maintenant, 50% des Français et 80% des Américains se disent croyants. Cependant, la proportion de vrais croyants est beaucoup plus faible: 5% en France seulement sont pratiquants et un pourcentage encore moindre croient à la totalité du Livre, par exemple que la Terre est plate et âgée de 5780 ans, ou que l'univers a été créé en 7 jours (la lumière le premier jour, les étoiles le deuxième, le soleil le cinquième, etc). Cependant, encore beaucoup de gens sont inhibés et n'osent pas utiliser leur bon sens car la religion est aussi ce qui rattache à la communauté. Manifester son athéisme, c'est montrer qu'on peut penser simplement, naturellement, librement, rationnellement. Et qu'on peut aimer simplement, naturellement, librement, réellement.

La religion contribue puissamment à l'obscurantisme et promeut ainsi une vision profondément antidémocratique. Ses lobbys puissants imposent une perception arriérée du monde, confinant au négationnisme, par exemple à propos de l'Évolution. Cette vision est présentée au peuple comme normale et permet à une élite de prospérer tout en méprisant parfois cette croyance alors bonne seulement pour le peuple. Nos religions pratiquent l'intimidation, jusqu'au terrorisme pur et dur. Des jusquauboutinistes qui agressent les docteurs aux djihadistes qui vitriolent les jeunes filles, des imams qui font pendre les homosexuels aux évêques qui poussent à l'ostracisme, il s'agit à chaque fois d'imposer par la violence une vision archaïque, masochiste et absurde de ce que doit être le monde. Manifester son athéisme, c'est compenser un peu cela et montrer que ce qui est normal, c'est de faire usage de ses sens et de son bon sens.

Enfin, ces religions incriminent, et même criminalisent, l'homosexualité, et plus généralement la pratique sexuelle non reproductive. On lance çà et là des arguments culpabilisants, par exemple «si tout le monde faisait ça!», tous plus absurdes les uns que les autres. On nous jette même des jugements de valeur, de «supériorité morale», qui relèvent carrément de l'idiotie et qui pourraient à la rigueur faire rire s'ils ne rappelaient pas l'«infériorité raciale» qui avait justifié l'esclavage des noirs et son ignoble Commerce Triangulaire. C'est tout de même hallucinant de voir ces névrosés crispés, abrutis et tristes à pleurer prétendre décider de ce qui est «contre nature», qui plus est pour les autres. Il faudrait encore dénoncer l'absurdité totale du dogme de la croissance et de la natalité, dans une course accélérée vers le désastre. Manifester son athéisme, c'est refuser ouvertement cette vision du monde mortifère, de souffrance inutile et de culpabilisation obsessionnelle, et affirmer que l'individu a le droit de pas être malheureux à cause des actes de croyance des autres.

commentaires

11/07/07 - 20:10

superbe texte ! j'adhère

11/07/07 - 22:32

Un Roumain qui avait porté plainte contre Dieu pour "escroquerie" et "abus de confiance", a été débouté de son action par le Parquet de Timisoara (ouest), a rapporté mercredi 11 juillet le quotidien Evenimentul Zilei.
Mircea Pavel, 40 ans purge une peine de 20 ans de prison pour meurtre.

Un contrat non honoré
Il avait porté plainte contre "le nommé Dieu, domicilié aux cieux et représenté en Roumanie par l'Eglise orthodoxe", l'accusant d'"escroquerie, abus de confiance, corruption et trafic d'influence". Il reproche notamment à Dieu de ne pas avoir pris en compte ses prières. "Lors de mon baptême, j'ai conclu un contrat avec l'accusé visant à me délivrer du mal. Or, jusqu'ici, ce dernier n'a pas honoré ce contrat, bien qu'il ait reçu de ma part différents biens et nombreuses prières", a écrit le plaignant. Le parquet de Timisoara l'a toutefois débouté de sa plainte, estimant que "Dieu n'est pas un sujet de droit et n'a pas d'adresse".

11/07/07 - 23:59

je suis parfaitement d'accord avec toi... mais croire que la religion est inutile est une utopie et un doux rêve.
tout en étant moi même athée et contre toutes les formes d'obscurantisme ... et comme j'ai de la bouteille et pas mal bourlingué je suis persuadé que les humains ne sont pas assez murs et assez évolués pour se passer de religion.

Même s'il existe des hommes comme nous indépendants et autonomes - sans dieu ni maître, je ne crois pas que ce soit le lot commun et d'ailleurs sommes nous heureux de ne croire en rien ? peut on se passer d'utopie sans être aigri et cynique ?

Tiens les français qui croient encore qu'un homme ou une femme politique peut leur apporter le bonheur et la réussite ... c'est bien du domaine de la religion non ?

Peut être si l'homme n'a pas détruit la terre, d'ici quelques millénaires, pourra t'il se passer de religion ??? encore que l'on ne voit pas vraiment l'évolution entre Néron et Hitler .... la Grèce antique avait des processus démocratiques qui n'existent plus dans le monde moderne.

09/10/07 - 02:57

Entièrement d'accord avec toi.
L'analyse est parfaitement juste, et dans le fil de "psychologie de masse du fascisme" de Reich, qui détaille comment les religions révélées opèrent comme moyen de répression sociale, à travers la répression sexuelle.
Je te trouve d'ailleurs fort doux avec les massacres perpétrés, qui ont commencé en 380, lorsque le christianisme est devenu religion obligatoire d'état, et n'ont plus eu de cesse depuis (Inquisition, Incas, etc), c'est de loin le plus grand génocide de l'histoire humaine.

La où je ferais une distinction, ou plutôt une précision, c'est que les religions non révélées, et pas forcément monothéistes, sortent du cadre de ton analyse, et se retrouvent d'ailleurs absolument du même côté que toi.

Je suis païen, ce qui signifie d'abord pour moi l'absolu respect de la croyance ou non-croyance d'autrui, quelle qu'elle soit, et s'interdire la vanité intrusive de tout prosélytisme, comme le pratiquent christianisme et islam.
Le paganisme comme l'athéïsme ne pratique pas d'interdit sexuel, quel qu'il soit, et même utilise parfois la sexualité comme une pratique sacrée, comme le Kama-Soutra. Pour un païen, rien n'est interdit.
Le paganisme, comme religion, "est aussi ce qui rattache à la communauté", comme tu dis. C'est un élément important de l'humanité.

Tu écris :"C'est chez les croyants un domaine réservé, inaccessible à la raison, comme chez d'autres les troubles obsessionnels-compulsifs ou la phobie des araignées". En effet, ce n'est pas sur le registre de la raison que se trouve le débat, mais sur celui de la croyance, de la foi. Et cela échappe à tout raisonnement, argumentaire, ou preuve.

"Croire en l'humanité", au sens rousseauiste, est en fait totalement du même ordre, aussi "irrationnel", mais témoigne pourtant d'un ensemble de pensées, concepts, symboles, qui ont une cohérence, forment un corpus idéologique aux contours flous, mais que l'expression désigne bien, et permet à des gens de se retrouver.
Il en va de même des païens contemporains (je ne parle pas des satanistes ou autres sectes farfelues qui se réduisent à des rituels imbéciles singeant les chrétiens), qu'on appelait "théosophistes" au siècle dernier, qui ne croient pas que Zeus existe réellement, ni qu'il lance la foudre.
Il s'agit de métaphores conceptuelles pratiques, support de la réflexion et de la construction d'une morale personnelle, qui il est vrai ont des conséquences dans la manière de vivre de ceux qui y croient, et leur manière "d'être au monde".

Il y a donc beaucoup de points communs entre athées et païens, en tous cas en ce qui concerne le combat contre le terrorisme intégriste des chrétiens et des musulmans.

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