Pour ne pas en finir avec les blogs
Puisque netromain s'associe à certains directeurs de quotidien pour propager la croyance que le Vrai est sur le papier et que les blogs, anarchiques, où n'importe quel ramassis d'incompétents assumés ou d'hystériques non patentés peuvent déblatérer, expriment au mieux des impressions subjectives dérisoires, je vais de ce pas défendre les blogs. Que dis-je, le papier n'a pas le monopole de la génialité transcendante que netromain défend! Afin de ménager la modestie des intéressés, je ne citerai pas de noms.
- xx, érudit obsédé par la taille (des bibliothèques), nous fournit une compilation encyclopédique de tout ce qui se dit dans le monde, rendant d'un coup les journaux obsolètes et les livres inutiles puisque, de toute façon, on retient rarement plus de quelques phrases d'une revue ou d'un livre. Il se dispense de tout commentaire, ce qui nous permet d'imaginer que son intelligence probablement infinie prolonge encore la nôtre dans les analyses forcément intelligentes auxquelles nous sommes parvenus.
- yy au contraire, c dire la richesse extraordinaire des blogs, publie des photos de magnifiques hommes des mers du sud, bien loin des brumes du Marais parisien et de ses tapettes gangrénées par la pollution, l'alcool et les maladies. C'est beau comme un tableau de Raphaël nous peignant le Paradis. S'ensuit alors une dialectique sur l'inaccessible où chacun cherche plus beau, plus jeune, plus riche, et même plus bête, car seule la bêtise, vertu ingratement méprisée mais en fait très recherchée quoique inconsciemment, permet de croire que le bonheur est accessible ainsi et de s'en contenter.
- zz est jeune, beau, et jeune, jusque dans son esprit, et tout porte à croire que son intellect, surtout, le restera. C'est là qu'on voit à quel point les blogs sont irremplaçables: comment le papier pourrait-il permettre à cette multitude infinie de jeunes génies d'attirer chaque jour l'attention sur leurs émois du moment? Chaque billet est un message du cœur: "oh, je me suis coupé, je saigne!!!", "regarde comme il est beau mon dessin" ou "dites-moi que je suis génial et que vous m'aimez!". Grâce au blog, chacun peut jouir de la liberté de l'éditorialiste, étaler ses opinions spontanées non polluées par des études ou des demandes de renseignement qui tuent le naturel. Les échanges de monosyllabes montrent combien la communication transcende les moyens usuels: tout est dans le sourire émoticoné, la photo de la chemise subtilement mal ajustée ou du jean artistement troué, l'assemblage momentané et unique des couleurs de la page, ses accessoires multimédia... Si l'on tentait de coucher cette sublimité sur le papier, il n'en resterait rien!
Comment dès lors peut-on encore défendre des antiquités telles que les livres ou les journaux alors que les blogs permettent de magnifier une telle efflorescence de quintessence?
05/11/07 - 18:23
Le discours d'un netromain est surtout l'expression de la frustration de son auteur qui réalise soudain qu'il n'est somme toute qu'un type comme tant d'autres, un type parmi tant d'autres, et qu'il n'a ni le génie ni le talent qu'il croyait avoir lorsqu'il a commencé à écrire son blog.
jj (visiteur)