Espoir rance
Le gourou pontifiant infaillible vient de pondre (Le Monde) son deuxième grand Message, appelé Encyclique, sans doute parce qu'il pousse les gens à tourner en rond.
Le titre, déjà, est un grand mystère: «sauvés par l'espérance». En langage plus clair, si vous êtes malheureux, dites-vous que cela est très bien et vous pourrez mourir tranquille en vous répétant que votre bonheur sera, après la mort, à la mesure de l'impression forcément subjective de votre malheur. Nul doute que ce pape qui a fréquenté les Jeunesses Hitlériennes ait besoin de bcp d'espérance. Enfin, n'exagérons rien, cela était une obligation et, en tout état de cause, le fascisme n'a jamais été condamné par la sainte Église; être nazi, ce n'est tout de même pas comme être libertaire, communiste ou homosexuel. Et si ces gens se croient persécutés injustement, il ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes: «la protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance». Cf. la dernière Pastorale où, «dès lors qu'on admet l'activité homosexuelle, nul ne devrait s'étonner que que croissent les réactions violentes». Il faut bien, d'abord, rendre la vie des gens invivable, pour vendre l'«Espérance» papale.
Le plus extraordinaire, dans ce discours, est le détachement de la réalité, de notre monde pourtant saturé de malheur: le fanatisme religieux cause des millions de morts chaque année, des régimes autoritaires torturent et persécutent, l'obscurantisme maintient des millions de gens dans une pauvreté immonde, la surpopulation cause des ravages à tous niveaux... Et ce qui retient l'attention du «Saint-Père» (celui qui n'est pas aux Cieux), c'est que «le progrès offre [...] des possibilités abyssales de mal». Effectivement, le progrès permet de fabriquer des capotes, de contrôler un peu la démographie, de lire toutes sortes de documents sans contrôle de l'Église...
Le pape semble regretter ce Moyen-Âge où les gens étaient capables de supporter des souffrances de nos jours inimaginables et étaient tous tout entiers tournés vers «l'espérance biblique du règne de Dieu». Un trou noir dans la chronologie: pour l'écolier, l'Histoire passe directement de l'Empire romain aux Croisades, par un saut d'un millénaire dont on évoque tout au plus quelques dates (732, 800, 987...) et quelques noms (Clovis...). Il est difficile d'imaginer ce qu'a pu être la vie durant ce millénaire d'obscurantisme absolu et de violence inouïe, à côté de quoi Pol Pot ferait figure de roi Ubu pas si méchant. La secte qui ne se dit pas encore catholique a pris le pouvoir sur l'empire romain et accélère la décomposition de celui-ci. Seule l'intéresse une mainmise toujours plus totale sur le pouvoir, spirituel, mais aussi et surtout temporel. Elle éradique méthodiquement les dizaines de sectes rivales (arianistes, nestoristes, ...) au moins autant chrétiennes qu'elle, détruit systématiquement les œuvres de l'Antiquité (livres, monuments...) et bannit toute activité de recherche ou même simplement de conservation de la connaissance, scientifique au autre.
L'exemple de la médecine est des plus éloquent. Depuis toujours, l'Église entrave autant que faire se peut les progrès médicaux. Toutes les cultures du monde ont leurs traditions millénaires de plantes médicinales; celle de l'Europe est étonnamment pauvre car ses dépositaires ont été pratiquement exterminés par les siècles de persécutions contre le «paganisme» et la «sorcellerie» (là, surtout vers le XVè siècle). Le catholicisme est la seule religion à avoir enseigné le manque d'hygiène. Dans un délire de misérabilité, les moines érigent la saleté en vertu. On persécute les musulmans, qu'on reconnaît à ce qu'ils se lavent... Contre les maladies (peste, lèpre, choléra, grippe...) qui prolifèrent de manière effroyable, la doctrine préconise saignée ou trépanation (pour laisser sortir les esprits du mal). Car, bien entendu, l'Église conserve le monopole de la pensée et toute recherche médicale est proscrite: les connaissances de l'Antiquité ne seront retrouvées qu'à la Renaissance (XVIème siècle, avec Ambroise Paré). Là encore, les Taliban sembleraient de doux plaisantins... Quelques exceptions, car ce qui est bon pour le peuple ne l'est pas forcément pour ses chefs: Henri de Mondeville (XIIIè) est chirurgien à la cour du roi Philippe le Bel et Guy de Chauliac exerce en Avignon auprès de plusieurs papes. En 1340, enfin, le pape Clément VI autorise l'autopsie des pestiférés, ce qui permet à Chauliac d'être parmi les précurseurs de la dissection à but médical.
Effectivement, «la science offre des possibilités abyssales de mal»: un conflit nucléaire nous ramènerait à cette époque abominable dont elle nous a extraits. Le discours papal pourrait être un chef-d'œuvre d'ironie et d'autodérision: «personne et rien ne garantissent que le cynisme du pouvoir, sous n'importe quel habillage idéologique [la cape orange du Pape?], ne continue à commander le monde». Heureusement, la Révolution française est passée par là et, malgré les retours de balancier, a considérablement amoindri le pouvoir des inquisiteurs et de leurs bourreaux.
Après la charge contre le progrès et la science, vient celle contre l'athéisme. Ça commence par une pétition de principe où l'athéisme se voit réduit à l'argument qu'un «monde dans lequel existe une telle quantité d'injustices, de souffrance (…) ne peut être l'œuvre d'un Dieu bon», inepte puisque la question ainsi posée amène au contraire à la conception d'un Dieu mauvais, conclusion inévitable d'un croyant lucide devant les exactions continuelles des religions depuis plus de 2 millénaires. Non, c'est simple, en fait: il n'y a pas lieu de démontrer que les créatures imaginées par certains cerveaux malades n'existent pas. Même le Père-Noël, au moins, apporte des cadeaux.
La rhétorique religieuse a décidément bcp baissé depuis Kant et se retrouve à un niveau pitoyable où la preuve de Saint-Anselme (XIè) passerait pour un coup de génie. Ce pape halluciné et hallucinant nous parle ensuite de «la prétention, présomptueuse et fondamentalement fausse de l'homme à penser à la place de Dieu qui a conduit aux plus grandes cruautés et violations de la justice [... car] un monde qui doit se créer de lui-même sa propre justice est un monde sans espérance». Pour mieux comprendre le caractère aberrant de ce verbiage, transcrivons en équivalent marxiste: «la prétention, présomptueuse et fondamentalement fausse du peuple à penser à la place de l'avant-garde du Prolétariat conduit aux plus grandes cruautés et violations de la justice [... car] un monde qui doit se créer de lui-même sa propre justice est un monde sans raison dialectique». Plus c absurde, plus il faut croire... Il est grand temps de dire doctement tout ça en latin afin de sauver quand même un peu les apparences.
Malgré tout, j'apprécie de plus en plus ce pape qui montre de mieux en mieux la vraie nature de l'Église. Le catholicisme à visage humain est bel et bien fini. Tant mieux: le problème du maître gentil en apparence, c qu'on a des scrupules à s'en émanciper.
02/12/07 - 16:59
Cf. aussi le communiqué de http:// sur le site officiel de l'Eglise catholique en France mis en place par la Conférence des évêques de France.
Le texte complet est en http://
mais, bon, g tellement de choses plus intéressantes et constructives à lire...
valerio