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(mis à jour vendredi 6 avril 2007 à 15:03)

02/12/2007

02/12/07 - 16:22

Espoir rance

Le gourou pontifiant infaillible vient de pondre (Le Monde) son deuxième grand Message, appelé Encyclique, sans doute parce qu'il pousse les gens à tourner en rond.

Le titre, déjà, est un grand mystère: «sauvés par l'espérance». En langage plus clair, si vous êtes malheureux, dites-vous que cela est très bien et vous pourrez mourir tranquille en vous répétant que votre bonheur sera, après la mort, à la mesure de l'impression forcément subjective de votre malheur. Nul doute que ce pape qui a fréquenté les Jeunesses Hitlériennes ait besoin de bcp d'espérance. Enfin, n'exagérons rien, cela était une obligation et, en tout état de cause, le fascisme n'a jamais été condamné par la sainte Église; être nazi, ce n'est tout de même pas comme être libertaire, communiste ou homosexuel. Et si ces gens se croient persécutés injustement, il ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes: «la protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance». Cf. la dernière Pastorale où, «dès lors qu'on admet l'activité homosexuelle, nul ne devrait s'étonner que que croissent les réactions violentes». Il faut bien, d'abord, rendre la vie des gens invivable, pour vendre l'«Espérance» papale.

Le plus extraordinaire, dans ce discours, est le détachement de la réalité, de notre monde pourtant saturé de malheur: le fanatisme religieux cause des millions de morts chaque année, des régimes autoritaires torturent et persécutent, l'obscurantisme maintient des millions de gens dans une pauvreté immonde, la surpopulation cause des ravages à tous niveaux... Et ce qui retient l'attention du «Saint-Père» (celui qui n'est pas aux Cieux), c'est que «le progrès offre [...] des possibilités abyssales de mal». Effectivement, le progrès permet de fabriquer des capotes, de contrôler un peu la démographie, de lire toutes sortes de documents sans contrôle de l'Église...

Le pape semble regretter ce Moyen-Âge où les gens étaient capables de supporter des souffrances de nos jours inimaginables et étaient tous tout entiers tournés vers «l'espérance biblique du règne de Dieu». Un trou noir dans la chronologie: pour l'écolier, l'Histoire passe directement de l'Empire romain aux Croisades, par un saut d'un millénaire dont on évoque tout au plus quelques dates (732, 800, 987...) et quelques noms (Clovis...). Il est difficile d'imaginer ce qu'a pu être la vie durant ce millénaire d'obscurantisme absolu et de violence inouïe, à côté de quoi Pol Pot ferait figure de roi Ubu pas si méchant. La secte qui ne se dit pas encore catholique a pris le pouvoir sur l'empire romain et accélère la décomposition de celui-ci. Seule l'intéresse une mainmise toujours plus totale sur le pouvoir, spirituel, mais aussi et surtout temporel. Elle éradique méthodiquement les dizaines de sectes rivales (arianistes, nestoristes, ...) au moins autant chrétiennes qu'elle, détruit systématiquement les œuvres de l'Antiquité (livres, monuments...) et bannit toute activité de recherche ou même simplement de conservation de la connaissance, scientifique au autre.

L'exemple de la médecine est des plus éloquent. Depuis toujours, l'Église entrave autant que faire se peut les progrès médicaux. Toutes les cultures du monde ont leurs traditions millénaires de plantes médicinales; celle de l'Europe est étonnamment pauvre car ses dépositaires ont été pratiquement exterminés par les siècles de persécutions contre le «paganisme» et la «sorcellerie» (là, surtout vers le XVè siècle). Le catholicisme est la seule religion à avoir enseigné le manque d'hygiène. Dans un délire de misérabilité, les moines érigent la saleté en vertu. On persécute les musulmans, qu'on reconnaît à ce qu'ils se lavent... Contre les maladies (peste, lèpre, choléra, grippe...) qui prolifèrent de manière effroyable, la doctrine préconise saignée ou trépanation (pour laisser sortir les esprits du mal). Car, bien entendu, l'Église conserve le monopole de la pensée et toute recherche médicale est proscrite: les connaissances de l'Antiquité ne seront retrouvées qu'à la Renaissance (XVIème siècle, avec Ambroise Paré). Là encore, les Taliban sembleraient de doux plaisantins... Quelques exceptions, car ce qui est bon pour le peuple ne l'est pas forcément pour ses chefs: Henri de Mondeville (XIIIè) est chirurgien à la cour du roi Philippe le Bel et Guy de Chauliac exerce en Avignon auprès de plusieurs papes. En 1340, enfin, le pape Clément VI autorise l'autopsie des pestiférés, ce qui permet à Chauliac d'être parmi les précurseurs de la dissection à but médical.

Effectivement, «la science offre des possibilités abyssales de mal»: un conflit nucléaire nous ramènerait à cette époque abominable dont elle nous a extraits. Le discours papal pourrait être un chef-d'œuvre d'ironie et d'autodérision: «personne et rien ne garantissent que le cynisme du pouvoir, sous n'importe quel habillage idéologique [la cape orange du Pape?], ne continue à commander le monde». Heureusement, la Révolution française est passée par là et, malgré les retours de balancier, a considérablement amoindri le pouvoir des inquisiteurs et de leurs bourreaux.

Après la charge contre le progrès et la science, vient celle contre l'athéisme. Ça commence par une pétition de principe où l'athéisme se voit réduit à l'argument qu'un «monde dans lequel existe une telle quantité d'injustices, de souffrance (…) ne peut être l'œuvre d'un Dieu bon», inepte puisque la question ainsi posée amène au contraire à la conception d'un Dieu mauvais, conclusion inévitable d'un croyant lucide devant les exactions continuelles des religions depuis plus de 2 millénaires. Non, c'est simple, en fait: il n'y a pas lieu de démontrer que les créatures imaginées par certains cerveaux malades n'existent pas. Même le Père-Noël, au moins, apporte des cadeaux.

La rhétorique religieuse a décidément bcp baissé depuis Kant et se retrouve à un niveau pitoyable où la preuve de Saint-Anselme (XIè) passerait pour un coup de génie. Ce pape halluciné et hallucinant nous parle ensuite de «la prétention, présomptueuse et fondamentalement fausse de l'homme à penser à la place de Dieu qui a conduit aux plus grandes cruautés et violations de la justice [... car] un monde qui doit se créer de lui-même sa propre justice est un monde sans espérance». Pour mieux comprendre le caractère aberrant de ce verbiage, transcrivons en équivalent marxiste: «la prétention, présomptueuse et fondamentalement fausse du peuple à penser à la place de l'avant-garde du Prolétariat conduit aux plus grandes cruautés et violations de la justice [... car] un monde qui doit se créer de lui-même sa propre justice est un monde sans raison dialectique». Plus c absurde, plus il faut croire... Il est grand temps de dire doctement tout ça en latin afin de sauver quand même un peu les apparences.

Malgré tout, j'apprécie de plus en plus ce pape qui montre de mieux en mieux la vraie nature de l'Église. Le catholicisme à visage humain est bel et bien fini. Tant mieux: le problème du maître gentil en apparence, c qu'on a des scrupules à s'en émanciper.

commentaires

02/12/07 - 16:59

Cf. aussi le communiqué de http:// sur le site officiel de l'Eglise catholique en France mis en place par la Conférence des évêques de France.

Le texte complet est en http://

mais, bon, g tellement de choses plus intéressantes et constructives à lire...

02/12/07 - 19:03

Je ne dirai que deux choses :
- l'incapacité de la foi (quelle que soit la religion) à penser ce qui existe en dehors d'elle m'étonnera toujours, mais sommes toutes, ce n'est que normal. Ce qui ne pense que par la foi ne peut penser ce qui existe en dehors d'elle, même Pascal l'avait compris à sa manière à l'inverse. L'athéisme n'a pas besoin d'espérance, il n'est pas désespéré, il vit. Poser comme nécessité l'espérance c'est ne montrer qu'une chose, sa peur de la mort, ce qui pour une religion qui croit en la résurrection et l'immortalité de l'âme me fait doucement rigoler.
- Il y a encore une nette volonté obscurantiste de vouloir soumettre les sciences à la foi. C'est toujours le Moyen-Âge, et Galileo Galilei (je sais, lui vivait à la Renaissance) qui doit abjurer sa phrase sur l'homme qui n'est pas au centre de la création… Que l'on critique le scientisme, je le conçois, mais que l'on réfute par avance l'intérêt d'une connaissance à cru, vérifiée, en mouvement, qui induit par ses abîmes des questions métaphysiques infiniment plus importantes que des petites histoires de dieu, c'est se complaire dans le sexe des anges ou le nombril du christ. Ce qui tuera les religions, c'est l'absence de vision scientifique du monde, une véritable foi ne peut s'accommoder du mensonge.

02/12/07 - 20:05

Lecture obtue des derniers écrits du Pape puisque animée d'une profonde rancoeur. L'Eglise t a elle tant fait souffrir? Je n'aime pas ce Pape à mon goût, il est tellement conservateur! Seulement, tu lui reproches de voiler son regard sur la réalité alors que toi même, tu t'appuies sur une vision assez ancienne (le mot est faible) de l'Eglise catholique. La mauvaise foi (sans jeu de mot) dessert le propos et le croyant se sent attaqué. Alors, toi l'athée, pourquoi ne pas poser, créer qqch de positif, en plein plutôt que de se confiner à la réfutation et la critique? Si tu penses que l'homme en a fini de Dieu et de l'au delà (pour reprendre des termes démodés), que la science répond ou répondra à tout,que Marx n'a jamais été autant à la mode et que les croyants sont des ignorants tenus dans leur misère par une instituion obscurantiste, pourquoi ne rien dire? L'assurance de l'homme qui écrit cet article tranche avec son silence quant à sa condition et le manque de sérénité. (désolé, j'avais très envie de réagir).

03/12/07 - 00:24

Prétendre parler au nom de Dieu est une imposture si Dieu n'existe pas, un blasphème dans le cas contraire. Le discours religieux est donc nul et non avenu - sauf s'il a la modestie de se donner pour une construction philosophique parmi d'autres.

03/12/07 - 01:27

>jh21
je n'ai pas lu les derniers écrits du Pape mais les résumés parus dans la presse. Mon impression est donc, a priori, fortement révisable. Cela dit, tu ne m'apportes aucun élément en ce sens...

Sur la «vision assez ancienne», je persiste à penser qu'une idéologie qui n'a pas condamné ses dérives anciennes doit pleinement assumer celles-ci. Jamais je ne voterai pour un PCF qui n'a pas explicitement renié le stalinisme, jamais je ne banaliserai une Église qui n'aura pas condamné clairement son passé totalitaire. On en est très loin: Galilée réhabilité partiellement et du bout des lèvres, Bruno et plein d'autres toujours honnis, et une relation plus que douteuse avec le nazisme.

Le «croyant se sent attaqué», c possible si ce croyant se réduit à sa croyance dogmatique en une institution qui abuse de sa confiance. Si ce croyant se concentre sur l'enseignement de Jésus-Christ, comme il devrait être censé le faire, il ne doit en aucune façon se sentir visé par ma critique des dérives monstrueuses d'une institution que Jésus-Christ aurait sans aucun doute condamnée, car «il n'y a qu'un Père qui est aux Cieux». Ce qui m'étonne toujours autant est le manque de connaissances élémentaires qu'ont les soi-disant croyants des écritures décrétées saintes par leurs représentants putatifs.

La mauvaise foi; où? Il ne s'agit pas de lancer de vagues invectives: ça ne convaincrait personne!

Certes, «créer qqch de positif» serait formidable! À mon modeste niveau, je me contente de dénoncer ce qui me semble fortement négatif en même temps que lié à notre condition homosexuelle.

Je m'impatiente que «l'homme en ait fini de Dieu et de l'au delà», ça oui! Àprès tout, le bulletin météo ne se sent plus obligé d'évoquer le dieu Eole et l'imprécision des prévisions n'est pas considéré comme une preuve de l'existence du dieu Eole!

Si «Marx n'a jamais été autant à la mode», j'en suis très surpris! Je croyais qu'il était mort peu après Dieu. Cependant, je pense qu'il y a des choses à reprendre dans ses théories tout comme dans le (vrai) christianisme. Je ne suis pas du tout un adepte du capitalisme et du libéralisme.

J'ai des amis chrétiens qui sont christiques avant d'être catholiques, surtout depuis ce qu'ils considèrent être l'assassinat de Jean-Paul Ier, trop sourcilleux vis-à-vis, notamment, de certaines activités qui seraient liées à la mafia.

03/12/07 - 14:26

Je ne veux pas entrer dans un débat exégétique! Seulement, être malhonnête quant à la position de l'Eglise sur le progrès, le nazisme etc... offense indirectement le croyant pratiquant, qui à son niveau aussi modeste soit il, construit qqch au sein de l'Eglise qui évolue. On peut rire de son conservatisme, de sa lenteur mais encore une fois, la malhonnêteté dessert ton propos sans réfuter ceux du Pape. Je suis heureux d'apprendre que tu as des amis chrétiens et que tu adorais notre Très Saint Père J-P II qui n'a pas fait que de bonnes choses pourtant. Si la question de Dieu te préoccupes tant, sache que la critique et la lucidité d'esprit (même le plus scientifique soit il) est vivante au sein de "l'institution qui abuse de sa confiance".

03/12/07 - 20:27

Je ne vois pas la nécessité d'un «débat exégétique» pour comprendre:
«Et sur terre, ne donnez à personne le nom de père; car vous n'avez qu'un Père, celui du ciel. Ne vous faites pas nommer guides; car vous n'avez qu'un seul Guide, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.» (Mt. 23, 12)
C'est parfaitement clair: le Pape est un imposteur. Quant à savoir s'il y a blasphème, mon point de vue externe sur la question ne me permet pas d'y répondre.

Si tu vois de la «malhonnêteté» dans mes propos, il faut la dénoncer précisément; on n'est plus à l'époque de l'Inquisition ou une vague dénonciation signait la mort du bavard.

Je ne vois pas comment tu as «appris» que «j'adorais le Très Saint Père J-P II» car je ne l'ai pas écrit et, à vrai dire, si j'en ai pensé du bien un moment, ct dans l'espoir qu'il fût un Gorbatchev qui amènerait la dissolution du système doctrinaire qu'il dirigeait. Malheureusement, le coup d'État, au Vatican, a réussi.

«Dieu» ne me préoccupe pas; ce qui m'inquiète est seulement le pouvoir politique qu'a encore l'Église et que grignotent les religions en général.

03/12/07 - 21:05

Valerio, à la fois, tu dis au croyant que leur chef (spirituel et pas politique) est un imposteur, tu cites la Bible, tu évoques des périodes de l'histoire de l'Eglise et tu te dis extérieur, peu intéressé et libre penseur. La malhonnêteté vient que tu joues des deux, quand l'un te plaît, quand l'autre t'arrange. Tu veux nous parler du Christ, du Pape et de sa fonction, de l'histoire du Vatican, libre à toi de le faire. Seulement, il y a une réserve d'objectivité qui permet le respect mutuel. Le choix des périodes, les analogies douteuses, la réduction de l'Eglise à la fonction du Pape, à sa "politique" s'il en a une et si elle influence tant que ça, le discours simpliste que l'Eglise tiendrait sur la science, le sida et la famille ne peuvent être dépeints arbitrairement. Quand j'ai réagi, je demandais simplement, non pas pour convaincre, un peu plus de sérénité.

03/12/07 - 21:39

je comprends mal en quoi il est nécessaire d'être à l'intérieur de la croyance chrétienne pour citer, cad recopier, la Bible...

«réserve d'objectivité qui permet le respect mutuel». Je respecte les personnes chrétiennes tout comme les personnes communistes staliniennes: elles ont des croyances, elles n'en restent pas moins des humains. Il n'empêche que les systèmes en lesquels elles croient sont non seulement non respectables mais même condamnables.

Justement, quand j'interrogeai mes amis chrétiens sur leur silence gêné, notamment sur l'incitation à l'homicide par non-usage de la capote, ils me répondirent: «fo pas désespérer Billancourt».

05/12/07 - 14:01

Votre article est tout à fait juste et tombe à point nommé. Je ne vous reprocherai que le rappel de BXVI membre des jeunesses hitleriennes. C'était hélas, et vous le savez fort bien, un passage obligatoire. Cela n'implique en aucune façon que le jeune Ratzinger fut un nazi.
Pour le reste, je vous suis.

06/12/07 - 23:36

Effectivement.

la réduction des frais de scolarité de séminaire était liée à l'attestation de visite des jeunesses hitlériennes (http://)

Par ailleurs, il avait été élevé dans une famille très catholique mais antinazie (http://)

g rectifié mon texte.

Merci.

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