In God we trust
La fameuse devise américaine fut d'abord une maxime à 10 sous, gravée seulement sur les pièces, à partir de 1864, mettant fin à une laïcité exceptionnelle pour l'époque, que la France révolutionnaire n'avait connue que durant quelques années. Ce n'est qu'en 1956 que les bigots, alors qu'on se remettait peu à peu du maccarthysme, parvinrent à la faire imprimer également sur les billets et à en faire une, sinon (en maints contextes) la, devise nationale. Dans le cadre de la Guerre froide, c'était une autre façon stupide de s'opposer à l'ennemi soviétique, athée.
Les choses ne se sont vraiment pas arrangées avec le temps et la religion est l'un des termes récurrents de la campagne présidentielle actuelle, bien plus qu'en France où le chanoine de Latran n'émeut guère que ses partisans et encore. La France semble plus gênée lorsque son président parle de Dieu que l'Amérique lorsque son président parle à Dieu. Le fiston de George Bush aurait sans doute été moins calamiteux s'il était resté alcoolique car l'inspiration divine transcende fatalement tous les avis de spécialistes, quoi qu'il vaillent. Il est assez peu commun que des généraux à la retraite, certains en retraite anticipée, volontaire ou forcée, se relaient pour décourager de nouvelles Croisades contre le Mal.
Et voilà qu'arrive le gourou de la secte voisine, qui aime tout autant les foetus mais dont certains membres, c le cas de le dire, ont récemment été accusés de trop aimer les enfants. Contre toute attente, on apprend alors que «les vérités (de la foi) sont les seules à pouvoir garantir les droits et la dignité inaliénables de chaque homme», ce qui certes ne peut être qu'un acte de foi inaccessible à la rationalité et au réalisme. Ça ne peut manquer d'évoquer une scène où quelque dictateur embrasse des bébés aux côtés de l'évêque local tandis que la population est impitoyablement massacrée et réduite à la misère, avec la bénédiction de l'Église qui peut alors vendre son Espérance.
Il est toujours étonnant de voir le nombre de personnes qui se disent catholiques ou protestantes sans même avoir lu la Bible et sans suivre autre chose que leur religion personnelle. On voit ainsi surgir des groupes homo-xxx où xxx est une religion ou une idéologie qui proscrit pourtant formellement l'homosexualité. Il en va de même sur diverses questions de liberté individuelle comme l'avortement ou l'euthanasie. On ne peut pas reprocher à l'Église de ne pas être claire. Le gourou du Vatican papaute encore une fois sur le «scandale des catholiques qui promeuvent un prétendu droit à l'avortement» (Le Monde). Ces prélats sont décidément obstinés à tout faire pour multiplier le malheur du peuple autant que possible : ni protection, ni contraception, ni avortement. Tant pis pour les enfants abandonnés, négligés, estropiés, contaminés par le SIDA, mal nourris, abusés, massacrés. Jésus avait prévenu : «Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive» (Luc 12, 49).
En Europe, le 3eme Berlusconi, toujours pas en prison, annonce comme mesure phare le subventionnement des naissances : 1000 € par nouveau-né, soit environ 300 €/kg, à condition toutefois qu'il ne soit pas congelé. L'élection (indirecte) d'un tel leader populiste, sinon d'extrême droite du moins de droite extrême, laisse songeur : on se demande toujours si le pays est richissime, débile ou corrompu. Une partie du mystère, non négligeable puisque les élections sont souvent gagnées avec des marges assez étroites, réside sans doute dans la croyance : ce n'est pas innocent lorsque Benoît XVI demande aux fidèles de «placer leur espoir en Jésus-Christ», plutôt que dans un homme politique qui voudrait procurer un peu de bonheur aux damnés de la Terre.
Puis vient l'antienne sur «l'oubli grandissant de Dieu», déclaré cause de tous les maux de nos sociétés, que Le Monde fait mine de reprendre à son compte. En réalité, la situation (et l'impression qu'elle s'aggrave) est assez récente. Il y a eu des hauts (en France, 1900, les 30 Glorieuses, une période Mitterrand) et des bas mais les périodes heureuses étaient justement, cause ou effet, les moins religieuses. Et l'une des abysses de malheur absolu, sur toute l'Histoire de l'humanité, a clairement été notre Moyen-Âge, lequel était aussi notre période la plus religieuse. Là, l'Église était clairement la cause directe du malheur.
21/04/08 - 20:49
fusillez les tous, Dieu reconnaitra les siens.
arth1ur