Opiums du peuple
Le Monde nous apprend que «Ségolène Royal, à Dakar le 6 avril, demandait "pardon" au continent africain pour les propos de Nicolas Sarkozy en 2007».
Ça commence par cette photo, avec un sens aigu de la prise de vue (le cadrage est toutefois encore perfectible)...

qui amène bien sûr la question : quel horizon Ségolène Royal apporte-t-elle donc?
Nicolas Sarkozy avait dit : «le drame de l'Afrique [est] que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire». Propos ambigu, contestable, banal, grandiloquent... mais pas de quoi fouetter un chat. À relativiser aussi par rapport à tout ce qu'il a dit sur diverses catégories sociales en France... Donc, oui, comme dit magnifiquement Nadine Morano, de «l'antisarkozysme primaire», tout aussi fondé mais inepte que l'anticommunisme primaire.
Rien de nouveau, donc, sur la scène politique franco-française qui continue de donner l'impression d'être sur la Planète des singes où l'on cherche en vain ce que sont devenus les êtres doués de raison dont on parle encore dans certains livres.
On apprend aussi («Les nouveaux hussards du pape») l'existence d'une multitude d'associations de soutien à l'incroyable Benoît XVI, qui protestent contre une «campagne de désinformation» de ces médias qui osent reprendre ses propos et les prendre à la lettre, un peu comme ces mécréants qui s'étonnent d'une révélation divine qui raconte autant de choses factuellement fausses (lorsqu'elles sont sensées). Ainsi, on trouve « cathos fiers de leur pape », «Touche pas à mon pape», «Génération Benoît XVI»... Je proposerais aussi : «Credimus quia absurdum», «Désir de repentir», «Un monde, une religion, un pape», «Travail, famille, bigoterie», «Amis du génie de l'Aventin et Tibre de la pensée», «Vade retro cum Benedictus»... Tiens, le successeur du pape-soleil porte le même numéro qu'un successeur du roi-soleil...
Ya pourtant rien de malhonnête à remarquer que ses propos étaient doublement criminels : sans capote, on a à la fois la surpopulation et le SIDA...
Un point très important distingue à mon sens une simple religion d'une Église-secte : une simple religion ne prétend pas appliquer ses Commandements aux non-croyants. C précisément là que le bât blesse : le gourou pontifiant n'a pas dit «les bons catholiques doivent vivre en couple fidèle» mais bel et bien «on ne peut pas régler le problème du sida avec la capote». Prétention doublement ridicule au dernier degré, à être une autorité
morale et scientifique.
Un certain nombre de pays européens ont réussi, enfin, à s'extraire de certaines des «valeurs» catholiques. Le traitement effectif de la douleur a été mis en oeuvre bien après l'apparition des traitements, car celle-ci était considérée comme purgatrice. Spécialement pour l'accouchement («dans la douleur», ils stipulent!) et la maladie (la souffrance est une épreuve voulue par Dieu! Voire, il faut se faire pardonner de faire davantage confiance à la médecine qu'à l'Église?). Un résidu de l'idéologie chrétienne ma(so)chiste.
L'émancipation est encore loin d'être complète : l'euthanasie, l'adoption, la liberté corporelle personnelle... sont encore férocement entravés et réprimés par le système policier et judiciaire. Sous couvert de paternalisme bienveillant, l'État perpétue des règlements purement idéologiques issus de la doctrine catholique. Entre autres, ceux qui sont liés à son négationnisme du plaisir.
Et cela coûte très cher à la société. Un cas extrême est celui des drogues dites douces :
un rapport anglais estime à 15 milliards d'€ le coût induit en G-B par leur interdiction!
C'est toujours incroyable à quel point notre société aberrante consacre bien plus de moyens à empêcher les gens de risquer de nuire à leur santé de certaines manières (surtout celles qui procurent du plaisir) qu'à empêcher des industriels de tuer à petit feu des millions de personnes involontaires. On vous empêche de fumer un joint mais on vous sature de pollution automobile, de pesticides (jusque, parfois, dans l'eau du robinet), de composants alimentaires quasi-toxiques (lipides sursaturés, etc.)... Et quand ces politiciens ineptes et corrompus, ou bien les gens qu'ils ont nommés par copinage ou népotisme, par leur incompétence, causent en un seul été* plus de morts que le hashisch dans toute son histoire, tout le monde, surtout la presse patentée, continue de de focaliser sur le chiffon rouge agité à dessein.
* un exemple parmi d'autres... le sang contaminé... Aux USA, la gestion du cyclone Katrina.
07/04/09 - 11:40
valerio